Les Eaux Lourdes mis en scène par Thierry Falvisaner: la critique Quejadore

Les Eaux Lourdes mis en scène par Thierry Falvisaner: la critique Quejadore

Après avoir enthousiasmé le festival Off d’Avignon, Les Eaux Lourdes de Christian Siméon, mis en scène par Thierry Falvisaner, s’installe dans la salle « du Paradis » au théâtre du Lucernaire jusqu’au 4 avril prochain.

Mara aime Pierre. Désespérément. Intensément. Jusqu’à la folie meurtrière qui l’a poussé, un soir où ce dernier l’a quitté, à noyer son enfant de rage et de chagrin. Depuis, la guerre est finie et Pierre cauchemarde chaque nuit dans les bras d’Alix, son amante. Tandis que ce dernier rumine les horreurs de la guerre, Mara, toujours folle amoureuse de lui, lui écrit chaque jour une lettre, dans laquelle elle assure y faire une déclaration qui pourrait définitivement bouleverser sa vie.

Simple et épurée, la scénographie de Thierry Falvisaner nous transporte dans un lieu sombre et énigmatique, où la frontière entre le réel et le fantasmé est floutée. C’est là, dans cette petite pièce où seuls un vieux jukebox et une coiffeuse ont élu domicile, que le duel entre Mara et Pierre atteindra le paroxysme du désespoir. Enfermés à huit-clos dans cet épuisant règlement de compte, les personnages n’en sortiront pas indemnes. Torturée par les sentiments qui l’assaillent, Elizabeth Mazev, dans le rôle de Mara, est une véritable révélation. Époustouflante en femme, folle d’amour, elle fascine autant qu’elle effraie.

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Puis, vient la révélation ultime. Le coup de poignard, magnifiquement interprété par Arnaud Aldigé, le second fils simple d’esprit de Mara et Pierre. Soudain, les masquent tombent et le secret éclate au grand jour. On reste entièrement pantois, suffoquant à la limite de l’asphyxie et complètement pris au piège entre la fureur et l’aliénation de ces derniers. C’est là, dans cet instant suspendu, dans l’horreur de la guerre que l’on sent enfin le poids des mots de Christian Siméon. Un poids qui a pesé jadis sur le petit corps du premier fils. Un poids qui rappelle qu’en temps de guerre, « même les héros parfois sont fatigués ».

Les Eaux Lourdes de Christian Siméon, mis en scène par Thierry Falvisaner est à voir au théâtre du Lucernaire jusqu’au 4 avril prochain. Pour plus de renseignements sur la pièce, rendez-vous .

Par Morgane Mallet le 10 février 2015
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