L’interview QueJadore des artistes du Bal des Vampires

L’interview QueJadore des artistes du Bal des Vampires

« Le Bal des Vampires », la comédie musicale événement mise en scène par Roman Polanski, tirera sa révérence le 28 juin prochain. L’heure pour les artistes de faire le bilan de cette aventure quelque peu... mordante ! Stéphane Métro, qui incarne le comte Von Krolock et Moniek Boersma, alias la pulpeuse servante Magda, se sont confiés à Quejadore.

Le Bal des Vampires raconte l’histoire du professeur Abronsius qui, persuadé de l’existence des vampires, part sur leurs traces en Transylvanie, accompagné de son fidèle assistant Alfred. Leur voyage les mènera d’abord dans une auberge tenue par la famille Chagal. Le jeune Alfred tombe immédiatement sous le charme de leur fille Sarah, qui l’entraîne malgré lui, avec le professeur, vers un mystérieux château tenu par l’inquiétant comte Von Krolock, qui prépare son fameux bal annuel…  

L’interview QueJadore des artistes du Bal des Vampires

Ce sont les dernières représentations, dans quel état d'esprit êtes-vous ?

Stéphane : « Je suis assez pragmatique. Je me dis que toutes les histoires, aussi belles soient-elles, ont une fin. Mais c'est sûr qu'on a vécu des choses incroyables, c'est un peu bateau de le dire, mais c'est la triste vérité. Il se passe des choses incroyables sur une saison, on rencontre des gens formidables, et puis le spectacle est incroyable à défendre. Ça va évidemment me faire de la peine, déjà de quitter cette équipe formidable, mais aussi de rendre le costume du comte Von Krolock. Fermer cette page va être difficile. »

Moniek : « C’est très bizarre, parce que là on essaie vraiment de profiter de chaque moment, on sait que la fin arrive et donc chaque représentation est très précieuse. C’est la fin d’une superbe période, on a travaillé dix mois ensemble et en même temps, c’est le début de nouvelles aventures, on a aussi hâte de commencer autre chose. Mais c’est sûr que ça fait toujours mal de dire au revoir à une telle aventure. »

Comment décririez-vous les personnages que vous interprétez, le comte Von Krolock, le leader des vampires pour vous Stéphane et Magda, la servante sensuelle pour vous Moniek ?

Moniek : « Magda c’est une fille simple, elle travaille pour la famille Chagal, elle n’a pas vraiment le choix, il faut qu’elle gagne sa vie et il n’y a pas grand-chose d’autre à faire dans cette région de la Transylvanie. Elle est la servante de l’auberge, le père Chagal la taquine, il vient la rejoindre dans son lit le soir… Mais elle ne se laisse pas toujours faire, elle a la force de lui dire non. Plus tard dans le spectacle, elle se transforme en vampire. Elle se retrouve alors dans une position où elle va pouvoir se venger de Chagal. »

Stéphane : « Personnellement, j'ai trouvé le comte Von Krolock attachant mais c'est peut-être parce que c'est ce que j'ai voulu qu'il soit. Mais à la base ce n'est pas quelqu'un de bien, Polanski l'a écrit comme ça. Il va vouloir, comme chaque année, mordre, prendre du sang, se nourrir de chair fraîche, c'est le cliché même du vampire. Et puis, il va jeter son dévolu sur la jeune Sarah et il va en faire sa chose. Il va l'envoûter et l'emmener au château. Donc voilà, ce n'est pas quelqu'un de bien mais tout au long du spectacle je m'amuse à essayer de faire croire qu'il a un bon fond, essayer de lui trouver des excuses. Mais au final tout ça c'est fake... Un moment il se dit qu'il aimerait que ça s'arrête, comme quelqu'un en fin de carrière qui serait fatigué... mais il reprend très vite ses esprits ! »

Stéphane, vous interprétez le personnage le plus charismatique du show. Cela représente-t-il une pression supplémentaire ?

Stéphane : « Déjà, merci ! On est bien préparé avec l'équipe créative en ce qui concerne le personnage, on est bien drivés. Après, on essaie d'apporter ce qu'on est nous et de le mettre au service du personnage, essayer de le comprendre, de faire une construction théâtrale du personnage. Tant mieux si on le perçoit charismatique, mais ce n'est pas une recherche, plutôt une conséquence. »

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La transformation physique est bluffante. Racontez-nous comment se passe votre métamorphose en vampire.

Stéphane : « C'est très long, je suis donc obligé de louper l'échauffement collectif, le warm up comme on dit, car on est obligé de commencer le maquillage avant tout le monde. On est deux-trois artistes dans ce cas. Ça a d'ailleurs été un manque toute l'année, mais on n’a pas le choix. Il y en a pour une bonne heure de maquillage. Je suis maquillé par Christine Lemarchand, la responsable du maquillage pour le spectacle. On est maintenant rentré dans une mécanique, on sait exactement le temps qu'il faut. On a beaucoup ri cette saison, et ça commençait dès le maquillage... Vous voyez, je parle déjà au passé ! »

Moniek : « Je commence avec une demi-heure de maquillage, puis je m’habille. Au cours du spectacle, mon personnage se transforme en vampire, donc soit je suis sur scène, soit au maquillage, soit au costuming, je cours entre les trois. C’est une vraie organisation ! » 

L'interview Quejadore des artistes du Bal des Vampires

Le spectacle se joue depuis huit mois maintenant. Prenez-vous toujours autant de plaisir au fur et à mesure des représentations ?

Stéphane : « La réponse est claire : oui ! Je fais partie de ceux qui connaissent les running shows (quand on joue beaucoup de fois le même spectacle), et justement je ne veux pas tomber dans le piège de la routine. Je me réinvente à chaque fois, il n'y a pas une fois où je me sens refaire la même chose. Je crois que c'est individuel, chacun le gère comme il le sent. Moi je fais partie de la old school, il faudrait peut-être encore 400 représentations avant que je ne commence à me dire qu'il me faut des vacances. »

Moniek : « Moi aussi, mon but est vraiment de me donner à 100% à chaque représentation. Bien sûr certains jours on est moins à l’aise, on est fatigué, on n’a pas d’énergie, mais il faut toujours donner le maximum parce que les gens ont payé pour nous voir !

A la fin du spectacle, le public vous a fait une longue standing ovation de plusieurs minutes... C'est comme ça tous les soirs ?

Moniek : « Oui ! Autant pendant le spectacle ça peut changer, autant à la fin c’est toujours pareil, les gens sont vraiment contents. Mais c’est vrai qu’au cours du show, ça varie. On ressent que les gens viennent plus ou moins vers nous, il y a plus ou moins de réactions… Mais au final ils sont enthousiastes, et c’est tout ce qui compte ! »

Stéphane : « On a de la chance ! Je crois que tout au long de l'année on a souffert de cette image que peut avoir le titre du spectacle, Le Bal des Vampires, il y a beaucoup de gens frileux qui n'ont pas passé le cap, par rapport au côté sombre. Et finalement beaucoup sont surpris quand ils viennent nous voir, ils nous disent : « on ne pensait pas, mais c'est incroyable ». Et à cause de ça, je pense qu'on a filtré beaucoup de gens... C'est dommage car un spectacle de ce genre en France, il n’y en a pas. On est les seuls avec une machinerie pareille, un décor pareil… Et on est fiers de ça ! On espère que les gens qui n’ont pas encore pris le temps de venir nous voir viendront, parce qu’après il faudra aller loin pour voir Le Bal des Vampires, et même pas en Français ! »

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Donc il n’y aura pas de tournée ?

Stéphane : « Non. Les décors sont trop importants, il faudrait des jours de montage et c’est ingérable. Par contre le spectacle se remonte ailleurs, à l’étranger, sûrement en Allemagne. Là-bas, c’est un énorme succès. C’est le spectacle en Allemagne qui a la plus grosse « fan base », ils savent donc que ça va obligatoirement marcher. »

Vous livrez une performance complète sur scène : danse, chant, théâtre… Y a-t-il un de ces trois domaines qui vous pose plus de difficultés ?

Moniek : « A la base moi je suis chanteuse. Donc je suis plus à l’aise au niveau du chant et j’ai toujours dû travailler davantage le jeu et la danse. Mais on a huit semaines de répétitions, donc on a le temps de bien se préparer et de se sentir à l’aise dans les trois. »

Stéphane : « Ça dépend à quel niveau on les pratique. Dans le Bal des Vampires, il n’y a rien qui ne me pose de problème car le rôle est taillé par rapport à mes compétences. S’il fallait que je fasse la même chose avec quatre pirouettes, peut-être que ce serait plus difficile ! Je crois qu’on a rendez-vous avec certains rôles dans le théâtre ou dans le cinéma. »

Justement, vous avez obtenu le rôle dans des conditions particulières (suite au forfait de Dumè qui avait d’abord obtenu le rôle du comte Von Krolock, ndlr). Est-ce difficile de reprendre un rôle qui avait été donné à un autre ?

Stéphane : « Pas vraiment, puisque le rôle n’était pas encore pris, la personne n’avait même pas fait un jour de répétitions, juste un clip qui n’est pas représentatif du spectacle. C’est difficile parce qu’on se dit qu’on n’est pas le premier choix, mais en même temps si je ne correspondais pas, des auditions auraient été rouvertes, donc on se sent légitime par rapport à ça. »

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Parlez-nous de votre parcours avant le Bal des Vampires.

Moniek : « J’ai fait mes études au conservatoire de Tilbourg aux Pays-Bas, mon pays d’origine. J’ai fini mes études il y a trois ans. Ensuite, j’ai joué dans le spectacle Aspects of Love d’Andrew Lloyd Webber aux Pays-Bas et j’ai été meneuse de revue dans l’un des plus grands cabarets de France, à Kirrwiller en Alsace. Et cette année j’ai fait le Bal des Vampires. C’est encore assez court pour l’instant ! »

Stéphane : « J’ai joué dans beaucoup de comédies musicales, une trentaine. Jusqu’ici, j’ai fait Roméo & Juliette de Gérard Presgurvic (dans le rôle du prince de Vérone, ndlr), j’ai joué Javert dans Les Misérables de Claude-Michel Schönberg et Alain Boublil, Jésus-Christ Superstar d’Andrew Lloyd Webber, qui a écrit Cats (la prochaine comédie musicale à l’affiche du théâtre Mogador, ndlr), Legally Blonde dans laquelle j’ai joué le professeur Callahan, j’ai aussi fait Jafar dans Aladin. Sinon je me suis dirigé en parallèle vers le coaching vocal et scénique, j’ai travaillé pour des émissions de télévision comme The Voice Kids, La France a un incroyable talent, et aussi pour des comédies musicales comme Grease ou La Petite Sirène. J’écris aussi des spectacles qui commencent à s’exporter. »

Vous êtes un peu hyperactif ?

Stéphane : « Oui je n'arrête pas, mais c'est ça qui est génial ! »

La Bal des Vampires est une superproduction, une machine hollywoodienne. C'était déjà un peu le cas pour Roméo & Juliette, mais cette fois vous héritez du rôle principal. Quel est votre sentiment à ce propos, est-ce une consécration ?

Stéphane : « Non, c'est plutôt une étape. J'ai bien conscience que tout cela n'est que passager, mais en tout cas je le vis intensément. Je sais que j'ai beaucoup de chance, et c'est justement ça qui fait que chaque soir il n’y a pas de routine, puisqu'on remet les compteurs à zéro. J'espère que j'aurai la chance de croiser le chemin d'autres personnages aussi forts à jouer. Je rêve de jouer Frollo dans Notre-Dame-de-Paris. »

Connaissiez-vous le film éponyme dont est tirée la comédie musicale, réalisé par Roman Polanski en 1967 ?

Moniek : « Avant de passer le casting je ne l’avais jamais vu, par contre j’avais vu la comédie musicale en Belgique. J’ai bien rigolé en le regardant d’ailleurs ! Pour Roman Polanski, c’était très important de garder les mêmes personnages. Mais il a changé de ton par rapport au film, le spectacle est moins décalé. »

Stéphane : « J'avais entendu parler du film mais je ne l'avais pas vu. Je l'ai regardé dans le processus de casting. Le film est plus potache, il y a une blague environ toutes les vingt secondes. On voit très peu le comte Von Krolock dans le film alors que là, il devient le rôle principal. »

Parlez-nous du rôle de votre metteur en scène, Roman Polanski.

Stéphane : « C’est le patron, comme on dit ! C’est toujours impressionnant de travailler avec quelqu’un qui est un tel directeur d’acteurs, qui est un génie au niveau de la mise en scène. Après, passé le cap du fait qu’on soit impressionné, on travaille. On prend tout ce qu’il peut nous apporter, parce qu’il a l’œil, il a l’expérience et on se dit quand même qu’il y a quelques temps il dirigeait les plus grands acteurs de la planète. »

Moniek : « Il est très impressionnant. J’ai appris énormément de choses avec lui, il sait repérer tes points faibles et te faire travailler jusqu’à ce que ça devienne ton point fort. Lorsqu’on répétait une scène, il détectait tout ce qui n’avait pas l’air naturel et nous faisait travailler sur des détails très pointus. Une vraie révélation pour moi ! »

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La scénographie est à couper le souffle. Comment, en tant qu’artiste, on compose avec de tels décors et accessoires ?

Stéphane : « Effectivement, c’est très fluide dans les changements de décor et les costumes sont magnifiques. A tel point qu’ils ont eu un Molière de la meilleure création visuelle, ils ne l’ont pas volé ! Après, nous, on est obligés de rester dans les lignes, déjà parce que c’est dangereux. Mais à partir de là, ce qu’on apporte au personnage c’est notre personnalité, ce n’est pas dans les déplacements que l’on peut se permettre des choses, c’est très limité, millimétré. »

Comment fait-on pour gérer sa vie personnelle lorsque l’on joue tous les soirs dans un tel spectacle ?

Moniek : « A partir de la première, ça va ! On a quand même une bonne partie de nos journées. Mais avant, pendant les répétitions, on travaille tout le temps. Tu sacrifies ta vie au spectacle pendant ces deux mois. Mais c’est le deal ! Mon copain le savait et il l’a très bien compris. »

Stéphane : « On s’adapte. C’est vrai que c’est le côté un peu difficile, car on n’a pas de soirées. Mais il y a des métiers bien pires que ça, certains n’ont pas leurs nuits, les infirmiers, les pompiers qui sont appelés à toute heure de la nuit… Donc oui, c’est difficile, mais c’est vraiment gérable. »

Et au niveau de votre hygiène de vie ?

Moniek : « Je fais attention à ce que je mange, je bois le moins d’alcool possible, j’essaie de dormir suffisamment, de faire du sport… On fait tout pour rester en forme, quoi ! »

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Quels sont vos projets pour la suite ?

Stéphane : « Je vais refaire Roméo & Juliette pour la énième fois, ce sera une tournée. On repart à Séoul. Je serai aussi assistant à la mise en scène sur la tournée, je vais m’éclater ! Ce sera pour le début de saison, et après j’ai des projets d’écriture qui sont toujours en cours. »

Moniek : « Je serai avec Stéphane dans Roméo & Juliette ! De mon côte ce sera une nouveauté, c’est très excitant ! Je jouerai le rôle de Lady Capulet. »

Stéphane, parlez-nous de votre engagement pour l’association Les Grandes Voix des Comédies Musicales.

Stéphane : « C’est un collectif qui a donné de son temps pour des causes bien précises. Il n’a d’ailleurs pas dit son dernier mot, car de petites choses sont en préparation. Il n’y a rien de signé pour l’instant, mais ce serait bien qu’on puisse concrétiser ça et réunir les plus belles voix des comédies musicales en France le temps de quelques concerts. »

Ne manquez pas les dernières représentations du Bal des Vampires, au théâtre Mogador, 25, rue de Mogador, Paris 9è. Réservez vos places ici ! 

Crédits photos : Marion Jhöaner, BRINKHOFF/MÖGENBURG. 

Par Marie Privé le 17 juin 2015
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