Zaz : l’interview Quejadore !

Zaz : l’interview Quejadore !

L’artiste française à la carrière internationale nous a accordé de son temps pour parler de son nouvel album « Paris » qui réinvente les chansons de notre Capitale. Zaz nous parle en toute simplicité, de sa vision artistique, ses combats idéologiques et de son envie furieuse d’aller de l’avant. Une très belle rencontre empreinte de réflexions altruistes et philosophiques.

Comment as-tu été amenée à faire ce projet de chansons sur Paris ?

En fait, on était en réunion avec mon label et le directeur musical sur la tournée. On discutait, on faisait des propositions et à un moment donné, tout le monde s’est emballé sur cette idée. J’avais beaucoup de demandes de la France et de l’étranger au sujet d’un album de vieilles chansons françaises.  Souvent, c’est le nom de Piaf qui revenait. Mais je me disais que faire un album de reprises de Piaf, c’était un peu enfoncer le clou. A chaque fois que j’allais à l’étranger, c’était « Paris, Paris, Paris » ! C’est un peu là qu’a débuté le projet Zaz, donc c’était aussi une façon de dire « merci ». Musicalement, je voulais faire du jazz, ça faisait très longtemps que j’avais cette idée en tête et les fans voulaient cet album de vieilles chansons. On s’est dit « Paris », moi j’ai balancé Quincy Jones et tout s’est fait rapidement, de façon simple et facile. Quand j’ai demandé à Quincy pourquoi il avait accepté, parce qu’il a 80 projets en attente, il m’a répondu : « l’intuition ». Il m’a aussi dit que toutes les petites étoiles étaient alignées. On a la même approche au niveau de ce qu’on fait, on les ressent ou on les ressent pas, c’est  vraiment un feeling.

Comment le choix des chansons s’est fait, c’était compliqué ?

Non. C’est vrai qu’il y en énormément, mais j’ai pris les chansons qui me parlaient le plus.  Ce sont de vieilles chansons mais vraiment actuelles comme « La Parisienne ». C’est une chanson que je connaissais, mais je n’avais pas forcément fait attention aux paroles et elles sont vraiment terribles ! Même « Paris sera toujours Paris », c’est Paris sous l’Occupation avec cette espèce de légèreté de dire que quoi qu’il arrive on sera libres.  C’est ce que je prône dans la musique,  valoriser ce qui fait du bien, mettre de la joie dans tout ça et ouvrir une porte pour que les choses changent. Ce n’est pas être naïf, mais bloquer sur les choses qui ne vont pas, ça les fortifie.

Quand tu parles de ce positivisme, de cette vie que tu mets quand tu chantes, c’est paradoxalement ce que les médias peuvent te reprocher. Ça dérange presque, qu’en penses-tu ?

Je pense que certaines personnes ont l’impression que c’est trop facile. Il faut que ce soit compliqué ! (Rires) Mais ce n’est pas si compliqué  que ça d’essayer de changer les choses. Je pense qu’il y a des gens qui sont fatalistes, qui sont fâchés, fermés et qui n’y croient plus. Je les renvoie à leur fermeture et c’est surement insupportable pour eux. On m’a traité d’altermondialiste de tout ce que tu veux, au moins, je fais des choses. Tu peux critiquer mais ça ne fait pas avancer le schmilblick. Par contre, avoir des vraies actions, ça fait avancer. Tous les bénéfices de mon merchandising (ndlr : boutique à retrouver ici) sont intégralement reversés à l’association Colibris. A l’avenir, l’éducation sera mon cheval de bataille, même s’il y a aussi l’agriculture, l’énergie, l’économie. Mais quelque chose de beaucoup plus respectueux de la planète. Il y a d’autres alternatives à la société. Mon but c’est d’essayer de valoriser tout ça, de mettre en lumière, en conscience, d’aider, à travers la médiatisation, je sers à ça et je suis engagée là-dedans depuis que je suis toute petite. La musique c’est un bon vecteur.

zaz album

Quand tu étais au début de ta carrière tu as expliqué que tu avais galéré en chantant dans la rue, mais ça a été tout de suite pris comme « je vis dans la rue ». Or, le fait de galérer dans la musique, de jouer c’est le quotidien de beaucoup de musiciens. Quand on parle d’intermittence, c’est un peu cette problématique-là ?

Oui l’intermittence, c’est un peu la course aux cachets, c’est l’horreur. Tu ne sais pas comment tu vas faire, tu es un peu prisonnier. Certaines personnes ne comprennent pas que la culture, c’est ce qu’il y a de plus important, le créatif, c’est ce qui fait vivre. On a de la chance d’avoir ce statut d’intermittence, mais il est très compliqué à obtenir et il y a beaucoup de maladresses aujourd’hui dans l’organisation. Par exemple aujourd’hui, si je voulais, je pourrais toucher l’intermittence alors que c’est complètement absurde et ridicule. Mais certains doivent le faire. Quelqu’un qui fait la lumière dans un théâtre depuis 40 ans, pourquoi est-ce qu’il a un statut d’intermittent ? Ce statut correspond au fait d’être mobile, de faire plein de choses mais de ne pas avoir un boulot fixe. Celui qui est sûr d’avoir son boulot sur du très long terme, il n’est pas intermittent. Le problème ne vient pas des intermittents, les plus intermittents des intermittents c’est ceux qui galèrent le plus, ça vient de ceux qui engagent.

Ce disque Paris incarne une époque foisonnante culturellement, y-a-t-il une forme de nostalgie ?

Ce disque correspond à plein de « Paris » différents qui transportent cette notion de légèreté. J’ai l’impression qu’aujourd’hui, on se prend trop au sérieux, on est hyper critique. Il n’y a plus de légèreté, tout doit être compliqué, analysé, décortiqué. C’est une espèce d’exigence extrême, on a perdu cette légèreté qui était pourtant engagée. Je ne peux pas chanter « je veux de l’amour, d’la joie » ! C’est un peu épuisant. Les pseudos-intellos finalement, ce n’est que pour l’ego, il n’y a pas de profondeur derrière. C’est juste pour se voir briller dans le regard de l’autre ou dans son propre regard. Il y a une autre société qui est en train de se réinventer de l’intérieur. Elle n’est pas assez populaire à mon sens parce que les médias ne mettent pas assez l’accent dessus. Mais il y a plein de gens qui sont en train de la réinventer. Mon « Paris », c’est celui de la mixité culturelle avec toutes ses cultures mélangées. Aujourd’hui, on essaye de faire une pensée unique où tout se ressemble et finalement il n’y a plus de variations, parce que ça dérange. Dès que quelque chose n’est pas comme l’autre, ce n’est pas valorisé. Alors que c’est ça qui enrichit. C’est comme à l’école, on ne met pas du tout en avant la partie créative, ce n’est que la partie scientifique, pragmatique. Alors qu’il faut un équilibre, sinon on crée des sociétés névrosées. C’est dommage parce qu’on a tous une particularité et on peut tous s’enrichir des uns et des autres.

Par rapport à ce disque on sent une réalisation et une production absolument impressionnante, avec un son très large, des instrus extrêmement riches, des cuivres, des sons manouche, jazzy, c’est aussi dans une idée de mixité culturelle ?

Oui, j’avais envie de ça. Par exemple « Sous le ciel de Paris », ça part en slave. On s’est mis une semaine dans une pièce, on a pris les chansons, on les a dénaturées. On n’a pas fait un album de reprise banal, on a vraiment conceptualisé avec Ilan Abou et Thierry Faure, des arrangements différents. Il y a eu un vrai travail. Quincy Jones et John Clayton ont réalisé trois chansons. J’ai choisi les gens avec qui je voulais travailler, quasiment tout le monde a dit oui ! J’avais envie de jouer avec Jamie Cullum mais il était en tournée, il ne pouvait pas.

Quand tu réussis à avoir sur un même album, Charles Aznavour et Quincy Jones, qu’est-ce que ça te fait ?

Je n’ai pas d’idole en fait, je n’ai jamais été fan de gens, j’avais des posters d’animaux dans ma chambre quand j’étais jeune (Rires). J’ai toujours eu un comportement naturel avec tout le monde, chaque personne est importante, que ce soit le clochard de la rue du coin ou la reine d’Angleterre ! J’ai du respect et je me sens comme une petite fille parce que je trouve ça excitant, c’est sûr, mais je n’ai pas ce rapport là avec les gens. Tu ne connais pas l’histoire de chacun donc tu dois te comporter de la même manière avec tout le monde.

Tu as le même rapport avec les mythes de la chanson parisienne ? Parce que dans ton album, tu t’attaques à « Champs-Elysées », un titre incontournable, ça a été compliqué de démystifier ce titre ?

C’est marrant parce que je ne savais pas que ce titre était aussi connu dans le monde. Quand j’ai fait mes premiers concerts en Russie, les gens me demandaient de chanter « Champs-Elysées ». Je trouvais ça fou qu’à l’autre bout du monde ils connaissent cette chanson. C’était comme un hymne à chaque fois. Je me suis dit qu’elle devait absolument y être, et John Clayton et Quincy ont réussi à faire une chanson jazz mais populaire. J’avais besoin de ça, que ce soit un jazz accessible, pas compris uniquement pas les élites. Je pense qu’on a bien réussi  l’affaire ! Sur « La Parisienne », pareil, il y a eu un travail génial ! La version de Marie-Paule Belle est tellement géniale, interprétée tellement bien. C’est une comédienne, pianiste qui bousculait  à l’époque, du coup au début, j’essayais de faire ce que j’aimais d’elle. Je faisais du copié-collé, je trouvais ça naze parce que je sentais que j’essayais de reproduire quelque chose. Il fallait que je trouve ma propre interprétation, que je me mette dans mon personnage, qu’il soit le plus proche de ce que je suis. Une fois, ça a marché et après j’ai chopé le truc. J’étais inspirée grandement par elle mais je ne pouvais pas faire mieux, on voulait réinventer. Et les arrangements qu’on a faits sur Paris, c’est vraiment tout ce que j’adore !

Tu fais des tournées internationales en voyageant beaucoup, quel est ton rapport à Paris quand tu reviens ?

Quand je reviens, je me rends compte que c’est magnifique, que même si j’ai été dans plein de pays différents avec des architectures atypiques, à Paris, on dirait que les époques se mélangent avec une harmonie parfaite. C’est charmant, c’est beau, il y a une atmosphère particulière. Qu’il pleuve ou qu’il fasse beau, les lumières sont magnifiques. Même si c’est mieux quand il fait beau !

Tu es l’une des artistes françaises qui est la plus connue à l’étranger, est-ce que tu ressens ça comme une forme de pression, est-ce que c’est compliqué d’être propulsé comme ça dans l’industrie du disque après avoir longtemps joué de la musique ?

C’est un choix déjà ! Oui,  j’ai perdu beaucoup en liberté moi qui suis éprise de ça, mais en même temps j’en ai gagné. De toute façon, il y a des contreparties à tout, je dois accepter certaines choses aussi. Mais je garde toujours mon identité, je sais mettre de l’eau dans mon vin quand ça sert mon projet, par rapport à ce que je peux construire par la suite.

Quel regard tu portes sur l’industrie du disque en France ?

Je pense qu’on essaye de formater, beaucoup de choses se ressemblent. C’est toujours les mêmes qu’on voit et je me mets dans le lot. Il n’y a pas assez de propositions, il n’y pas de risque à proposer des choses nouvelles, créatives. Même dans les émissions de télé, je déplore qu’il n’y ai pas plus de recherche. Il y a moyen d’inventer plein de choses, d’être créatif et de gagner de l’argent à travers ça. Mais au moins proposer des choses ludiques, rigolotes et nouvelles !

D’où vient cette légèreté dans ta façon de chanter, ce naturel ?

Ça vient de ma personnalité. Quand je chante, ça me connecte à ma joie, ça me permet de m’exprimer, j’aime fédérer, mettre en relation, connecter les gens, provoquer, bouleverser. La musique est faite pour ça.

Tu arrives à garder cette envie malgré toutes les scènes que tu fais ?

C’est ce que je suis, si je n’avais plus ça, je m’arrêterais. Parfois, oui, je suis fatiguée, il faut aller puiser un peu plus dans les forces mais concrètement, ça te donne de la force. Parce que quand tu es à ta place, que tu fais quelque chose qui tu aimes, ça te nourrit. Si ce n’est plus le cas, il faut changer de boulot ! C’est ce que j’ai fait beaucoup à une époque et c’est pour ça que j’ai fait la chanson « Je Veux ». A un moment donné, je gagnais de l’argent et j’étais malheureuse. Alors à chaque fois je partais, sans savoir ce que j’allais faire, ça créait de la place pour faire rentrer d’autre chose. « Ce n’est pas votre argent qui fera mon bonheur » : je recevais de l’argent mais j’étais triste, j’avais l’impression de devenir fonctionnaire de la musique. Ce qui est important c’est d’apprendre et de s’enthousiasmer mais de surtout pas s’emmerder.

Quelles sont les actus à venir sur cet album ?

Y’a le clip des « Champs Elysées » qui va sortir. C’était marrant à tourner, je fais la fille qui fait passer une audition. Je suis super sérieuse avec des petites lunettes ! J’aime bien me marrer donc plus on me donne des outils pour me marrer, plus je le fais ! Je finis jusqu’en décembre ma tournée pour le projet Recto Verso et j’irais en Amérique Latine au mois de Mars. Et pour Paris, j’ai vraiment envie de travailler un spectacle spécial, j’ai plein d’idées ! J’imagine un Paris futuriste, avec certains clichés assumés  mais aussi des choses pour surprendre les gens. Ça va être vraiment chouette !

As-tu quelque chose à rajouter ?

En achetant sur la boutique (juste ici) de mon site des t-shirts ou des sacs, tout est reversé à Colibris. (ndlr : « Les Colibris, ce sont tous ces individus qui inventent, expérimentent et coopèrent concrètement, pour bâtir des modèles de vie en commun, respectueux de la nature et de l’être humain »). Sur la dernière tournée, on a récolté pas mal d’argent, et on va mettre sur le site internet à quoi ça a servi. On va montrer aux gens ce qu’ils ont financé et ce qui a pu être fait grâce à eux.

Il y aussi le film Demain de Cyril Dion et Mélanie Laurent, un film participatif réalisé grâce à Kiss Kis Bank Bank qui sortira au mois de septembre ou d’octobre. Je vais surement faire la BO ! C’est Cyril Dion, le président de Colibri qui est allé dans une dizaine de pays trouver les meilleurs acteurs de ceux justement qui réinventent la société, ceux qui au lieu de subir, construisent.

Il faut juste que la masse populaire soit plus consciente de tout ça et à un moment, ça va se renverser, les gens iront vers ça parce que ça fait du bien ! Y’a Colibris mais y’a plein de gens qui font des trucs top, c’est comme Ticket For Change, inspiré du  Jagriti Yatra, en Inde.  L’idée, c’est d’embarquer des jeunes dans un train pour qu’ils découvrent la France autrement et qu’ils aient envie d’entreprendre de nouvelles choses. Sinon, je conseille tous les livres de Pierre Rabhi qui est un philosophe, écrivain, humaniste, paysan qui a inspiré Colibris. Regardez aussi le documentaire argentin L’Education Interdite, c'est incroyable ! (Vous pouvez le trouver ici sur YouTube).

L’album Paris sortira la 10 novembre prochain. Vous pouvez d’ores et déjà le commander ici ! Retrouvez toute l'actu de Zaz sur son site ou sur Facebook

Par Camille Hispard le 21 octobre 2014
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