Isleym : un diamant brut

 Isleym : un diamant brut

La jeune chanteuse de 19 ans sortira son premier album « Où ça nous mène » le 21 avril prochain. A cette occasion, Quejadore a rencontré ce brin de femme à la tête bien remplie et à la prose incisive et élégante. Belle rencontre avec une pépite RnB en devenir, Amel Bent n’a qu'à bien se tenir !

Tu sors ton album le 21 avril prochain. Comment s’est passé la composition des titres et l’enregistrement en studio ?

L’album s’est étalé sur plusieurs années, peut-être quatre ans. Ça a été super. Mais il y a aussi eu des grands moments de doutes, avec moins d’inspiration, de force, parce qu’on était vraiment trop fatigués parfois. C’est un album pour lequel on a beaucoup travaillé avec mon équipe. On n’a pas pris le temps pour rien. Ce qu’on voulait c’est vraiment peaufiner au maximum les morceaux et rester dans le détail. Malgré l’attente, je voulais vraiment offrir à mes fans un album qui les comble. 

Tu as commencé à écrire très jeune tes propres textes. Aujourd’hui, comment se passent les compos des morceaux ?

Oui, j’ai commencé à écrire des poèmes à l’âge de 12 ans. Et puis un jour, pour l’anniversaire de ma mère, je suis montée sur une scène du quartier, pour lui faire une chanson. Ça a plu et j’ai compris qu’il y avait quelque chose à faire. Aujourd’hui pour les compos, ça m’arrive d’avoir déjà une mélodie et un texte. Après, je l’envoie en dictaphone à mon compositeur et ensuite, il travaille dessus. Ou, inversement, parfois je n’ai rien et il m’envoie une instru, je trouve une mélodie et j’écris.

Tu as 19 ans. C’est plutôt jeune pour sortir son premier album. C’est allé assez vite après ta rencontre avec Nessbeal, ex-leader des Dicidens. Comment ça s’est passé ?

En fait, il vit dans le même quartier que moi. Un jour, il est entré dans un studio où je chantais, il a écouté et il a accroché. A partir de là, il m’a pris sous son aile. Il m’a présenté son équipe et m’a proposé qu’on travaille ensemble. Je lui ai fait confiance et je n’ai pas eu tort ! J’ai continué à travailler avec Dany Synthé (compositeur). On amassait les morceaux et je les présentais à mon producteur. On les enregistrait au fur et à mesure. Jusqu’au titre « Avec le temps », où on s’est dit qu’il fallait faire un album. C’est après ce titre que j’ai signé chez le label 7th Magnitude. 

Il y a des morceaux que tu as faits à cette époque qui seront sur ton album ?

Oui, il y aura « Avec le Temps », « Encore et encore » et « Oublie-moi ».

En écoutant tes morceaux, il ressort une certaine noirceur, une réelle profondeur. D’où te vient cette maturité qui se traduit par cet univers assez introspectif ?

Ça vient de mon quotidien, mon entourage…  Je m’inspire beaucoup des personnes que je vois vivre autour de moi, des parcours, des histoires et c’est ça qui fait mon univers. J’ai vécu en cité. On sait bien que dans certaines banlieues, ce n’est pas toujours très rose et du coup, je m’inspire de ce que je vis et de ce que je vois.

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Dans tes textes il y a un vrai travail d’écriture. Chaque mot est choisi. En es-tu consciente ?

C’est peut-être parce que j’ai écouté plus de rap que de RnB. Le rap c’est très écrit, très calé dans les textes, dans les flots. Je pense que c’est mon côté rap qui prend la main dans mon écriture. 

Dans le titre « Encore et encore », il y a d’ailleurs un tournant assez rap par rapport aux titres précédents. Le flot est plus brut, plus séquencé. As-tu senti une évolution ?

L’évolution je l’ai vu. Avant c’était encore un peu fragile ce que je faisais, dans les textes comme dans les mélodies. Mais quand on grandit, on se crée son propre univers et on jette ce qui ne sert à rien, pour ne garder que les bases. Et je pense que les bases que j’ai acquises, elles sont très raps, mais à la fois je chante, je ne rappe pas. J’ai un flot avec du débit, c’est cadencé, mais je chante avant tout. 

Tu as d’ailleurs une technique vocale assez impressionnante. As-tu appris à chanter ou es-tu autodidacte ?

J’ai appris toute seule. J’ai juste pris des cours de coaching vocal pendant un an, histoire d’avoir plus de coffre et de savoir comment porter ma voix plus loin.

Dans le titre « Encore et encore » tu abordes beaucoup de sujets de façon assez frontale, dont la stigmatisation de l’islam à travers ces mots : « plus j’avance et plus je vois qu’on salit notre Islam ». Est-ce que c’était vraiment un message fort que tu voulais faire passer par rapport à la politique française et également aux amalgames qui peuvent être faits notre société actuelle ?

« Encore et encore », c’est une des dernières chansons que j’ai écrites, à une époque où on n’entendait que ça à la télévision. Que des amalgames sur l’Islam. Moi quand je regarde autour de moi, ce n’est pas l’Islam le problème, ce ne sont pas les voiles qui me dérangent. On s’acharne sur quelque chose. Ça aurait pu être l’Islam ou n’importe quelle autre religion, je trouve ça juste inadmissible toutes ces confusions et ces stigmatisations. Ça crée un sentiment de tension partout, que tu sois concerné ou non, ça blesse les gens. J’en ai parlé dans ce titre comme j’aurais pu parler d’autre chose, j’essaye de dénoncer certains problèmes, c’est tout.

Et ce que tu ressens également un décalage entre l’image qu’on peut avoir des cités, notamment à Paris, et ce que tu vis vraiment en banlieue ?

C’est sûr que quand je rencontre certains parisiens, la cité leur fait un peu peur. Ils craignent que ce soit des gens différents. Et la différence fait peur. C’est ce dont je voulais aussi parler à travers mon album.

Y-a-t-il des exclusivités sur ton album que tu peux nous révéler ou du moins nous raconter un peu l’esprit global ?

Dans mon album, les titres parlent de tout. Il y a des chansons d’amour, des piano/voix typiquement RnB, des chansons plus joyeuses. Ça parle de la famille mais aussi de certaines déceptions, de la vie qui avance. C’est un peu un regard sur ma génération. Avant on était insouciants, maintenant on a grandi et beaucoup de choses nous ont aussi freiné. Je voulais aussi parler de ça.

Il y a aussi une grande nostalgie qui se dégage de certains titres...

Oui c’est vrai. Quand je vois mon album je pense aux albums qu’Amel Bent et Diam’s ont fait à 20 ans. Nos rêves s’envolent un peu et la réalité nous tombe dessus, en pleine face. Mais sur les 15 titres de l’album, il y a vraiment de tout ! Ce n’est pas seulement nostalgique.

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Peux-tu nous expliquer le choix du nom de l’album, Où ça nous mène ?

Quand on a commencé avec Dany Synthé et que Nessbeal et ses équipes ont proposé de nous prendre sous leurs ailes, on a eu peur. On s’est dit que ce n’était pas notre monde, que c’était des étoiles. Et en fait, on s’est juste dit, « on verra bien où ça nous mène ». Ça résume les conditions dans lesquelles on a fait l’album. Si on gagne tant mieux, si on perd, ce n’est pas grave, je continuerai la musique. Après, j’ai eu la chance d’être très préservée par mon producteur. J’étais jeune quand j’ai commencé et je n’ai pas trop connu les aspects malsains du monde de la musique ou du showbiz. J’ai été protégée de ça. En fait, j’ai du recul. Quand je suis à l’école, en Terminale ES, je suis à l’école et la musique est derrière moi. 

Quels sont tes projets, comment vois-tu l’avenir ?

Je me vois chanteuse ! Je me vois  comme Beyoncé !(Rires).  Je m’imagine avoir mon Bac et je verrai comment ça se passe. Je vais essayer de poursuivre mes études et si je vois que je peux faire de la musique mon vrai métier, je me consacrerai à ça entièrement. Le choix est vite fait ! Mais on sait qu’à côté, ce n’est pas si facile et qu’il faut avoir une base. Donc, je garde la base commune et on verra après. Je sais que je vis quelque chose de fou mais je reste la tête sur les épaules.

Quels sont les artistes qui t’ont influencé ?

Wallen est une vraie référence pour moi. Kayna Samet aussi, Leslie, Assia, Vitaa, Kayliah, beaucoup de classiques RnB.  En rap français, j’aime beaucoup Rhoff, Mafia K'1 Fry, Booba, Kery James, La Fouine, Soprano, Lunatic, Sniper, Tunisiano ou Blacko. J’ai vraiment été baignée dans le rap ! 

Qu’est ce que tu voudrais dire à nos lecteurs ?

Pour ceux qui ne me connaissent pas, je les invite à découvrir mes sons, ça ne coûte rien ! Je remercie ceux qui me soutiennent de près ou de loin, parce que les commentaires, les encouragements, ça donne beaucoup de force pour la suite.

Par Jacqueline Jaguin le 01 avril 2014
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