Mots intimes

Mots intimes

« Mots intimes » est la collection des lettres passionnées des grands personnages français. Des véritables prouesses acrobatiques de la langue française menées dans un climat sentimental. Les trois ouvrages d'Agnès Pierron nous livrent les témoignages de déclarations bouillantes ou de ruptures difficiles ! Prêtes, ouvrez, lisez !

« Parmi tous ces amis et ces filles qui ne veulent… que quelques mots d’amour… ». Ne vous méprenez pas Mesdames, il n’y a pas que Michel qui savait parler d’amour. Avant lui, bien de l’encre a coulé pour dire « Je t’aime », « je te quitte », « je te veux » et pas sous n’importe quelle plume !

De Beaumarchais à Flaubert, Agnès Pierron a choisi de rendre hommage aux plus belles lettres de personnages célèbres dans trois ouvrages aux éditions Le Robert. Lettres d’amour,  Lettres érotiques et Lettres de rupture ouvrent les portes de l’intimité d’auteurs, artistes, hommes politiques et penseurs en proie à la séduction, à la passion et à l’amour en fuite.

On feuillette les histoires de séparations amoureuses en laissant quelques plumes au détour des pages, on lie l’amour et son jeu de séduction, on bouillonne devant l’érotisme des mots. Un lexique insolite de mots d’amour, de rupture et de sexe qui rappelle ô combien notre langue est belle.

Rappelons que la collection « Mots intimes », consacrée à l’art épistolaire et à l’amour des mots, est publiée avec le concours du site Deslettres.fr

Mots intimes

Pour vous mettre en appétit, on vous glisse la lettre d’amour de Gustave Flaubert à Louise Colet, le 8 août 1846. 

« Je suis brisé, étourdi, comme après une longue orgie ; je m’ennuie à mourir. J’ai un vide inouï dans le cœur. Moi si calme naguère, si fier de ma sérénité et qui travaillais du matin au soir avec une âpreté soutenue, je ne puis lire, ni penser, ni écrire ; ton amour m’a rendu triste. Je vois que tu souffres, je prévois que je te ferais souffrir. Je voudrais ne jamais t’avoir connue, pour toi, pour moi ensuite, et cependant ta pensée m’attire sans relâche. J’y trouve une douceur exquise. Ah ! qu’il eût mieux valu en rester à notre première promenade ! Je me doutais de tout cela ! Quand le lendemain, je ne suis pas venu chez Phidias, c’est que je me sentais déjà glisser sur la pente. J’aurai voulu m’arrêter ; qu’est ce qui m’y a poussé ? Tant pis ! Tant mieux ! Je n’ai pas reçu du ciel une organisation facétieuse. Personne plus que moi n’a le sentiment de la misère de la vie. Je ne crois à rien, pas même à moi, ce qui est rare. Je fais de l’art parce que ça m’amuse, mais je n’ai aucune foi dans le beau, pas plus que dans le reste. Aussi l’endroit de ta lettre, pauvre amie, où tu me parles de patriotisme m’aurait fait bien rire, si j’avais été dans une disposition plus gaie. Tu vas croire que je suis dur. Je voudrais l’être. Tous ceux qui m’abordent s’en trouveraient mieux, et moi aussi dont le coeur a été mangé comme l’est à l’automne l’herbe des prés par tous les moutons qui sont passés dessus. Tu n’as pas voulu me croire quand je t’ai dis que j’étais vieux. Hélas ! Oui car tout sentiment qui arrive dans mon âme s’y tourne en aigreur, comme le vin que l’on met dans les vases qui ont trop servi. […] »

« Mots intimes », par Agnès Pierron aux Editions Le Robert.

Par Deborah Albergo le 18 juin 2015
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